La forêt commence là où elle s'arrête  en cours
France





Mon premier souvenir d'enfance est une forêt, celle que je voyais depuis ma chambre. Elle commençait là où mon village s'arrêtait. J’y suis retourné récemment et elle ne ressemble plus à celle d’il y a trente ans. Dépérissante, ses frênes ont quasiment disparu, ravagés par un champignon. Aujourd’hui j’habite une autre forêt, celle de Fontainebleau. Ici, ce sont les pins sylvestres qui disparaissent du paysage.

La forêt est dépérissante. Le constat est là.
Maintenant, qu’est-ce que l’on en fait ?

Qu’est-ce que nous, en tant que société, pouvons faire face à la forêt bousculée par le changement climatique ?

Elle couvre 31 % de la surface du pays. Au sortir de la Révolution on estime qu’elle en recouvrait seulement 15%. Depuis le milieu du XIXème siècle, la superficie a presque doublé. La forêt française n’est pas un espace naturel sauvage. Elle est faite par l’humain, pour l’humain. Elle a été aménagée par nos mains et souffre maintenant des effets du changement climatique, conséquences de notre exploitation de la planète. Le temps de la foresterie à cette particularité d'œuvrer pour une temporalité qui dépasse nos existences contemporaines. Or, elle fait aujourd’hui face à un dérèglement visible et accéléré d’année en année. Ce dernier exige notre considération afin de prévenir des risques à venir mais il s’agirait également d’élargir la perspective à la forêt comme lieu d’une forte biodiversité, qui, au même titre que nous, subit les effets du changement climatique.

Ce projet photos veut montrer comment la société tente de répondre aux enjeux posés par la forêt et le changement climatique. Le dépérissement est une porte d’entrée pour explorer la forêt comme un des lieux du débat sur le changement climatique. Je vois comme un paradoxe : l’écosystème forestier est mis en danger tandis que la forêt, en tant que ressource, est sollicitée pour lutter contre le changement climatique. Ces deux visages sont-ils conciliables ?

Dans l’idée du débat, je cherche à en montrer les échanges, les avis, les arguments, les tensions et les accords. Les photos ne vont pas chercher à donner des réponses au problème, mais à traduire de façon sensible une situation révélatrice des réalités de notre époque. Son avenir se discute en son sein mais aussi hors de sa géographie. Je m’attache à faire résonner la forêt hors de sa lisière en racontant le débat sur son devenir, mais aussi en faisant dialoguer l'écosystème forestier avec ses représentations sociales. Son intérieur et son extérieur.


Publications dans Le Monde, Libération, La Croix et 9 lives, projet ayant reçu une bourse de création de l’INRAE


Exposition au Consulat Volaire, Paris, janvier 2026