Vitiaz


Laffrey, 2018

En russe, un « vitiaz » est un preux chevalier.

C’est aussi le nom donné à un mouvement orthodoxe et russe pour la jeunesse pensé dans l’entre deux guerre. En 1934, Nicolas Feodoroff, un russe blanc émigré en France, a fondé le camp d’été des vitiaz à Laffrey, en Isère. Aujourd’hui, ce camp d’été existe toujours. Sur un terrain entouré de sapins et de bouleaux, on y vit sous des tentes selon une tradition russe.

Nicolas Feodoroff est mon arrière grand-père. Des vitiaz j'ai toujours entendu des anecdotes familiales, mais je n’y suis jamais allé. Dans mon imaginaire, c'était justement l'histoire d'un ailleurs, c'était l'exotisme de mon patronyme. Maintenant photographe, je voulais comprendre l’histoire de ma famille russe devenue française. De mon arrière-grand-père à mon père - qui s’en est détaché - tous ont été vitiaz.



En recréant cette parcelle de Russie, le but des vitiaz, et du camp d’été, est de conserver la culture et la tradition d’une Russie historique dont le coeur est orthodoxe. Nicolas Feodoroff, avait l’idée d’un jour pouvoir réimplanter en Russie cet ersatz du pays qu’il avait quitté. Il y a aujourd’hui une dizaine de camps vitiaz en Russie et ailleurs dans le monde.

Loin des différents patriarches orthodoxes et des frontières de Russie, les vitiaz ne sont rattachés à aucun patriarcat et se tiennent à l'écart de l'échiquier politique. La volonté du mouvement est de permettre à toute la diaspora Russe, dans sa disparité, de pouvoir retrouver un bout de Russie qu'ils ont connue, dans les mémoires ou pour de vrai.

Je n'ai connu ni mon arrière grand-père ni mon grand-père. En mêlant des extraits des mémoires, de vieilles diapositives et mes propres photos, je cherche à dialoguer avec mon héritage, et me poser la question de mon identité.

Photos prises en 2018, recherches archives : 2019-2020.